Hiver gris et humide 2017-2018 : vers le bout du tunnel ?

Cet hiver est peu commun par son aspect maussade : un tunnel de grisaille et de pluie qui semble s’éterniser. C’est que depuis le mois de novembre on enchaîne les jours de grisaille et de pluie.

Constatations

A la station de Blois, sur novembre, on compte 16 jours avec moins de 1h de soleil, et 22 en décembre. Cela coïncide assez bien avec les jours de pluie, au nombre respectivement de 16 et 23. Sur Janvier, on ne fait guère mieux puisqu’à l’heure où j’écris (22 janvier) on totalise 15 jours de grisaille et 17 jours avec pluie. Si les cumuls sont conséquents, ils n’ont rien d’extraordinaire sur notre région et dépassent juste un peu les normales. Et comme ils font suite à de longues périodes de déficit, cela suffit à peine à ré-hausser le niveau des nappes phréatiques dont le niveau reste globalement assez bas.

Explication technique

Depuis cet automne, un puissant vortex polaire s’est mis en place. Ce flux d’air froid en rotation rapide sur le pôle nord a érodé tous les anticyclones et permis la mise en place d’un régime de type NAO+ sur l’Europe. C’est un régime dans lequel l’anticyclone des Açores est faible et ne fait qu’onduler sous le courant jet en provenance d’Amérique du Nord. Ce dernier, nourri du contraste entre l’air polaire et la douceur de l’atlantique,  favorise la création de dépressions et de perturbations tout le long de son trajet d’ouest en est, et aboutit directement sur nos côtes. Le résultat, c’est un enchaînement de tempêtes, coups de vent, temps pluvieux et grisaille. De temps en temps, le flux arrive à onduler suffisamment pour permettre un bref passage anticyclonique comme le 14 janvier précédant l’image ci-dessous.

Un vaste et creux système dépressionnaire sur l’atlantique nord entraîne un puissant courant jet qui traverse l’océan en ligne droite et aboutit directement sur nos côtes.  Source Météociel.

L’évolution de la situation

Si l’on regarde les prévisions météo, on ne peut que constater que le régime est bien ancré cet hiver, et on a du mal à voir de réelle amélioration. Mais depuis maintenant deux semaines, on suit un phénomène qui pourrait bien marquer un retournement, au moins temporaire, de situation. Ce phénomène s’appelle un réchauffement rapide de la stratosphère.

température 10hpa prévue 30/12/2018
Habituellement en hiver, l’air froid d’altitude est centré sur le pôle nord et tourne autour. Un réchauffement brutal vient modifier cette circulation et interagit avec le vortex dans les basses couches. (Météociel)

On confirme depuis environ le 20 janvier qu’il a débuté au dessus de l’Europe, et va s’accentuer dans les environs du 26 en tournant vers l’est autour du vortex polaire. Par le jeu des complexes interactions de l’atmosphère, ce phénomène, s’il est d’ampleur suffisante peut ralentir le vortex polaire et permettre aux anticyclones de pousser vers le nord. A leur tour, ceux-ci par leur courbure peuvent provoquer des descentes d’air polaire sur nos régions. Il est souvent constaté une modification du temps et l’arrivée de conditions hivernales sur l’Europe entre une et deux semaines après l’apparition d’une telle anomalie d’altitude.

 

Si les modélisations ont longtemps hésité sur l’ampleur du phénomène, on peut maintenant commencer à y voir un peu plus clair sur la tendance à venir en étudiant le modèle GFS, qui simule jusqu’à 15 jours.  A partir du vendredi 26 janvier l’anticyclone des Açores effectuera une poussée qui semble d’ampleur importante. Il pourrait s’installer progressivement sur les îles britanniques ou évoluer en puissante dorsale atlantique.

Installation anticyclone sur les îles britanniques
Installation anticyclone sur les îles britanniques (Météociel)

La conséquence immédiate serait un temps plus calme, mais à l’ensoleillement aléatoire pour le week-end à venir (27-28 janvier) – le risque est grand d’avoir un phénomène de couvercle sur l’humidité et donc d’avoir des grisailles tenaces. L’anticyclone pourrait encore laisser passer quelques bruines notamment sur le nord du pays jusqu’à la fin du moins. Pas de temps franchement hivernal en revanche, la douceur pourrait perdurer plusieurs jours.

C’est plutôt vers le 4-5 février que l’anticyclone pourrait commencer à ramener de l’air continental froid de manière significative, si toutefois il parvenait à s’étendre jusqu’à la Scandinavie comme c’est prévu dans le run de 12h de ce lundi 22 janvier. Les températures pourraient alors baisser de façon notable, avec le retour de gelées. A cette échéance, il est délicat de pouvoir affirmer cela avec certitude, mais l’ensembliste est en tout cas bien calé sur des scénarios anticycloniques durables.

Afin de croiser les données avec le seul modèle disponible à cette échéance, on peut regarde un peu plus loin sur le modèle saisonnier CFS. On constate que la tendance est à un mois de février plus sec que les normes et à une anomalie anticyclonique sur l’Europe. Il est donc très probable qu’il aie assimilé un changement de temps, sur le début du mois de février tout du moins. Côté températures, il ne voit en tout cas pas de froid sibérien puisqu’il ferait encore au-dessus des normes.

Conclusion

Voilà donc l’état de l’art de la prévision actuellement. Pas encore de vrai gros temps hivernal en vue, mais la météo est pleine de surprises, sait-on jamais ! La tendance est en tout cas encourageante. Il conviendra d’actualiser cette vision, ce que nous ne manquerons pas de faire sur notre fil Twitter. Restez à l’écoute !

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