Perspectives d’un été 2016 pourri : faut-t-il y croire ? Le point sur les prévisions saisonnières.

Quel printemps ! Quand on  regarde ce que nous avons vécu, avec ce mois de mai décidément trop humide, ces inondations début juin suivies d’une fraicheur et grisaille quasi-omniprésente, on arrive difficilement à se projeter sur l’été 2016. A Météo Blois, on aime bien regarder les modèles saisonniers et les prévisions à moyen terme pour se faire une idée de la tendance, afin de vous faire profiter de nos impressions sur Twitter :

CFS voit dorsales/blocages vers 10-15/07, sans garantie de chaleur ou beau temps (très incertain). Mois 07 sans excès, légère dominante NO.

— Meteo Blois (@MeteoBlois) 26 juin 2016

Rassurant ou pas : CFS +anticycl. après le 10, GFS +pessimiste que majorité des scénarios GEFS. Faut y croire… pic.twitter.com/IhUXvIKdIu

— Meteo Blois (@MeteoBlois) 29 juin 2016

Ces impressions sont toujours teintées d’incertitude bien évidemment, la science n’étant absolument pas exacte dans ce domaine et à de telles échéances. Nous allons aujourd’hui faire un état de l’art en ce domaine et discuter plus en détail des perspectives pour cet été 2016.

Le printemps 2016

Tout d’abord, faisons un petit bilan depuis le début de l’année. L’image ci-dessous correspond à la synthèse des relevés de ma station météo, où l’on voit nettement que l’hiver a été très doux, mais également plutôt humide par rapport aux normales.

Bilan des relevés depuis le début de l'année 2016 à Blois
Bilan des relevés depuis le début de l’année 2016 à Blois

Cet hiver doux a été suivi d’un printemps globalement frais : tous les mois le constituant ont été systématiquement en-dessous ! En mars, seulement 6 jours ont été dans les normes ou au-dessus, 10 en avril, 13 en mai et 12 en juin. Et côté précipitations, tous les mois ont été systématiquement arrosés, mai constituant un record absolu avec près de 150% d’excédent avec les conséquences que l’on sait et dont nous relations les faits dans notre article Pluies diluviennes du 30 au 31 mai.

La banquise polaire a atteint un record de déficit cet hiver, qui a favorisé une température anormalement haute au pôle nord (cf carte ci-dessous). On sait que l’hiver a également été marqué sur l’est du Pacifique par un épisode El Nino, synonyme d’année chaude en général et de grands chamboulements météo dans certaines régions du globe, certaines sous forme de sécheresse, et d’autres sous formes d’inondations. Difficile d’établir une corrélation directe, mais en tout cas on ne peut nier que ces deux faits ont immanquablement influencé la circulation météorologique globale.

Anomalie de température sur le pôle nord au mois de janvier 2016.
Anomalie de température sur le pôle nord au mois de janvier.
Climate Reanalyzer (http://cci-reanalyzer.org)

Ces anomalies de température au niveau du pôle ont à leur tour favorisé des hautes pressions plus fréquentes dans cette région, qui ont notablement affecté la trajectoire et l’intensité du courant jet. Ces anomalies s’étant étalées sur tout le printemps, celui-ci s’est fréquemment trouvé scindé en deux et obligé de contourner les anticyclones par le nord, comme par exemple sur la carte d’avril ci-dessous. En conséquence, son intensité a diminué et cela a ramené un flux de nord-ouest plus fréquent sur notre pays.

Exemple de contournement du jet stream au printemps 2016.
Exemple de contournement du jet stream au printemps 2016.
Climate Reanalyzer (http://cci-reanalyzer.org)

La suite, c’est une conjonction de facteurs : d’un autre côté des hautes pressions sur les pays nordiques, de l’autre un flux très humide drainé par une dépression atlantique nommée Elvira qui se trouve bloquée par ces hautes pressions, c’est-à-dire qu’elle ne peut pas suivre sa trajectoire naturelle d’ouest en est. L’air humide continue d’être aspiré du sud par la dépression, et s’accumule sur l’Europe. Sur cette carte d’eau précipitable, qui permet de visualiser les fortes quantités d’humidité, on voit très bien la langue humide (en gris) qui remonte des tropiques. La suite on la connaît : les précipitations ont été intenses et peu mobiles.

Masse d'air humide remontant des tropiques le 28 mai 2016.
Masse d’air humide remontant des tropiques le 28 mai 2016.
Climate Reanalyzer (http://cci-reanalyzer.org)

Perspectives pour l’été 2016

Ces anomalies aux pôles s’atténuent avec les mois, mais le vortex polaire semble malgré tout rester assez chaud sur ce mois de juin et début juillet, ce qui favorise à priori un courant jet assez mou par faible contraste de température avec les basses latitudes. Cela expliquerais pourquoi nous sommes actuellement englués dans une circulation d’ouest, et un courant jet vissé sur le Royaume Uni et la Manche. Celui-ci favorise une circulation humide et faiblement perturbée, pas assez en tout cas pour créer de grandes ondulations susceptibles de laisser passer de grands anticyclones.

Les modèles saisonniers et opérationnels, pour le moment, ne voient pas grand chose venir, malgré quelques espoirs anticycloniques donnés par le CFS (Climate Forecast System, modèle saisonnier) entre le 10 et le 15 juillet, qui ne sont plus tellement d’actualité, et de plus non relayés par les modèles opérationnels. Il semble de plus que la tendance pour juillet soit à un régime de type Atlantic Ridge, ce qui, qualitativement, correspond assez bien à la forme des poussées anticycloniques que nous voyons sur les modèles. Un tel régime correspond à un anticyclone dominant sur l’atlantique, qui apporte un flux de nord-ouest sur le continent : il est donc plutôt synonyme d’été pourri. Quand à août, aucune tendance ne se démarque réellement.

Anomalie de géopotentiel 700hpa, montrant une dominante anticyclonique sur l'atlantique.
Anomalie de géopotentiel 700hpa, montrant une dominante anticyclonique sur l’atlantique.

Pour les deux prochaines semaines donc, on ne devrait pas voir de retournement estival avec des périodes de canicule. Pour la suite, il est plus difficile de se prononcer, en raison de l’absence de tendance visible sur les modèles. De plus, ceux-ci ne savent pas à créer de phénomène : ils sont un peu comme un ressort oscillant à partir de conditions initiales, avec tout au plus un biais piloté par les conditions saisonnières et les anomalies de températures océaniques. Ils ont donc une forte proportion à “lisser” les régimes de temps.

Est-ce que le temps de 2016 est lié au réchauffement climatique ?

C’est la question que tout le monde se pose, quand on voit des intempéries pareilles et ce temps apparemment détraqué. Il faut savoir que la météo a toujours eu des caprices, à toutes les époques. Il y a donc toujours eu toutes sortes d’extrêmes : des sécheresses, des inondations, des étés superbes et des étés pourris. Donc non, nous ne pouvons pas imputer cette année maussade à une conséquence directe du réchauffement climatique.

Toutefois, il faut garder à l’esprit qu’une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d’eau sans saturer, c’est-à-dire sans former de nuages. On pourrait voir l’air comme une éponge avec une plus ou moins grande capacité d’absorption en fonction de la température. Des températures plus élevées permettent à l’éponge d’absorber d’avantage, donc il y a accentuation des sécheresses. Mais en cas de perturbation, qui amènent l’air à saturer, ce qui “presse” l’éponge, les précipitations seront plus abondantes.

Cela semble avoir été étudié : au Forum Météo Climat, le chasseur d’orages Xavier Delorme a évoqué une étude sur les orages depuis les années 60 en France. Les orages ne seraient pas forcément plus nombreux à cause du réchauffement, ils seraient même moins fréquents, mais par contre davantage pluvieux. Il faut donc en conclure que même si le réchauffement climatique n’est pas une cause directe des intempéries, il peut constituer un facteur aggravant.

Que conclure pour cet été 2016

Il faut bien se rendre à l’évidence, rien ne permet aujourd’hui de se rassurer sur l’été à venir. La fraîcheur semble persister pour la première décade de juillet. Et comme nous l’avons vu, les modèles saisonniers ne sont pas très optimistes pour ce mois, du moins pour sa première moitié. La suite est sans tendance, ce qui rend tout possible : le mois d’août serait donc probablement un mois d’été normal.

Pour conclure sur une note d’optimisme, rappelons-nous de l’année 2013, dont le printemps avait été très frais et souvent humide jusqu’en juin. Le mois de juillet nous avait réservé une très bonne surprise qu’aucun modèle n’avait vu venir, dès le 5 du mois, et l’été avait été tout-à-fait agréable. La météo est donc toujours pleine de surprises, parfois mauvaises, mais aussi parfois très bonnes. Alors patientons, d’ici les vacances le temps a bien le temps de changer.

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