Accueil Climatologie Hiver 2015-2016 : le point sur les prévisions saisonnières


Hiver 2015-2016 : le point sur les prévisions saisonnières


Alors qu’un épisode El Nino de grande ampleur se met d’ores et déjà en place pour cet hiver, on se pose tout naturellement la question de savoir quelles seront les conséquences chez nous en Europe.

Pour rappel, El Nino est un courant chaud qui apparaît de façon plus ou moins périodique l’hiver dans l’est du pacifique, provoquant une forte anomalie chaude des eaux de surface. L’océan étant un puissant moteur thermique influençant la circulation atmosphérique globale, l’anomalie dévie les “couloirs” de perturbations habituels et provoque de forts dérèglements en Amérique centrale, et Amérique du nord et de nombreuses autres perturbations plus ou moins bien connues dans d’autres régions du globe par effet “boule de neige”.

L'anomalie de température de l'océan pacifique telle que vue par le modèle CFS pour le trimestre novembre-décembre-janvier
L’anomalie de température de l’océan pacifique telle que vue par le modèle CFS pour le trimestre novembre-décembre-janvier

Actuellement, l’anomalie constatée est déjà très importante ce qui permet de prédire qu’un évènement bien marqué est en route pour cet hiver. Les conséquences semblent déjà bien en place dans certaines régions du globe qui subissent déjà des sécheresses.

Prévisions de l'anomalie El Nino par le système EUROSIP
Prévisions de l’anomalie El Nino par le système EUROSIP

Les conséquences ne sont pas directes en Europe, en tout cas elles sont mal connues. Mais au niveau global, El Nino est souvent associé à des années plus chaudes. En Europe, cela semble être le cas si l’on en croit le modèle CFS qui prévoit une anomalie chaude depuis cet été, une cohérence suffisamment rare pour être crédible, ces modèles ayant souvent tendance à changer régulièrement de scénario au fil des semaines.

Anomalie de température prévue par CFS pour le trimestre à venir
Anomalie de température prévue par CFS pour le trimestre à venir

Si l’on y regarde d’un peu plus près, on peut mettre en évidence une circulation qui sera vraisemblablement dominante pour cette première partie d’hiver. En regardant les anomalies de géopotentiel et de température entre 1500m et 3000m, on peut mettre en évidence un dipôle qui correspond à un régime de type Oscillation Nord Atlantique (NAO+). Cela correspond à une circulation océanique dominante, donnant un flux d’ouest ou sud-ouest perturbée, avec de fréquentes précipitations voire des tempêtes.

Mise en évidence du régime de temps probable
Mise en évidence du régime de temps probable. A gauche, anomalie de géopotentiel 700hPa, et à droite l’anomalie de température à 850hPa

Le régime prévu semble favoriser un couloir des dépressions sur le nord de l’Atlantique, qui iront majoritairement circuler sur le nord des îles britanniques. En conséquence, les perturbations seront localisées en France sur un bon 3/4 du pays, de la façade ouest au nord du pays. Ces régions subiront donc des précipitations plus abondantes que la normale, et potentiellement des tempêtes ou coups de vent plus fréquents. Un bon quart sud-est du pays serait un peu plus épargné.

Au niveau des températures, on serait nettement plus doux comme nous l’avons déjà dit, ce qui est mis en évidence sur la carte de température à 850hpa où l’on voit nettement une langue d’air plus doux remonter du sud-ouest. La zone en bleu sur l’Atlantique correspond à l’air frais des dépressions.

Donc en résumé, l’hiver, au moins dans son début, devrait être plus doux et perturbé que la normale avec de probables enchaînements de passages pluvieux, coups de vents, voire tempêtes. Un couloir Atlantique/Nord-Est semble privilégié. Cela n’exclut pas forcément quelques épisodes plus frais avec gelées, mais ceux-ci ne seraient que de courte durée, résultant très probablement de descentes d’air frais de nord-ouest au hasard des mouvements sur l’atlantique. Cela n’exclut pas non plus quelques passages plus anticycloniques et doux car l’anticyclone des Açores pourrait bien faire quelques belles poussées dans cette configuration.

Quand à la fiabilité de cette prévision, comme toute prévision saisonnière, elle est à prendre avec beaucoup de recul. Mais cette année j’y accorde une confiance importante de par la stabilité du modèle dans le temps. De plus elle confirmée par les analystes de Météo France qui utilisent le système EUROSIP, combinaison de plusieurs modèles saisonniers, dont le CFS.

La suite de l’hiver serait éventuellement dans la même veine, bien que l’anomalie tende à s’estomper à partir de février.