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Un été 2014 pourri : perspectives


Cet été 2014 s’avère dans l’ensemble assez médiocre, et cette première moitié d’août s’avère copieusement arrosée. Après un hiver et un printemps plutôt doux, mais très perturbé, on s’attendait plus ou moins à un été en demi-teinte, d’autant que les statistiques étaient assez favorables en ce sens.

Les prévisions saisonnières faites en juin allaient dans ce sens, en donnant un été sans grand excès, avec de nombreux passages orageux donnant une pluviométrie disparate. Les tendances pour le mois de juillet se sont vérifiées dans les grandes lignes. Pour le mois d’août, la tendance du début assez orageuse s’est également vérifiée, mais concernant l’ampleur on était assez loin du compte.

On prévoyait également un retour possible mais timide de conditions plus favorables qui ne se vérifie pas. Cette imprécision dans la prévision est l’occasion de constater que la science a encore de beaux progrès à faire pour la prédiction à long terme, les modèles saisonniers ayant une résolution trop faible pour « créer » les phénomènes à des échéances de plusieurs semaines à plusieurs mois, sur des interactions terre-atmosphère-mer forcément complexes.

D’autant que l’interprétation de tels modèles est assez complexe, car elle ne peut se faire que de façon statistique sur un nombre de simulations importants et en tenant compte des régimes de temps et de leurs effets en fonction des saisons. Il est d’ailleurs souvent reproché que ce type de prévision est souvent assez vague : il ne peut en être autrement, car on raisonne plutôt en termes de temps probable. Enfin, l’impact de ce type de prévision est souvent très difficile à évaluer, c’est pourquoi peu de centres météo s’y risquent.

Prévoir un mois plus humide est souvent interprété comme un signe de temps pourri, hors ce n’est pas forcément le cas, les précipitations pouvant se concentrer sur quelques courts épisodes seulement. Il est donc difficile de ne pas provoquer l’alarmisme lorsqu’une prévision n’est pas favorable. Même avec des prévisions à court terme, puisque l’industrie du tourisme attaque Météo France, qui émet pourtant à juste titre de nombreux bulletins d’alerte.

Pour revenir à ce mois d’août décidément bien maussade, les modèles prédisent que ce flux perturbé devrait encore perdurer jusque dans la semaine du 25. Par la suite, ce flux persiste mais des ondulations anticycloniques plus marquées semblent se profiler, laissant entrevoir de meilleures périodes de beau temps, ou tout du moins des perturbations moins actives car plus éloignées de nos régions. Cette tendance est plus marquée sur septembre, où de beaux passages anticycloniques pourraient revenir. Mais en tout cas les périodes de beau temps ne semblent pas vouloir durer plus de quelques jours comme cela a été le cas tout l’été.

Pour l’automne, la tendance est bien plus compliquée à analyser. CFS change sans cesse de scénario, ce qui est la conséquence à long terme du temps perturbé actuel qui brouille les cartes. De plus les anomalies froides constatées sur l’eau de surface de l’océan Atlantique nord persistent au fil des saisons, et ne facilitent pas l’installation de conditions anticycloniques durables. Cela trahit vraisemblablement un apport constant d’air froid polaire dans ces régions, et donc un temps constamment perturbé d’ouest. De nettes améliorations restent quand même possibles, il est rare que le temps persiste indéfiniment dans un même régime, mais en tout cas le modèle n’arrive pas à le faire ressortir.

Inutile de sombrer dans l’alarmisme face à ces tendances en demi-teinte. Les modèles sont rarement fiables à plus de deux mois, et en ce qui concerne cette fin d’été, la variabilité de la tendance ne permet pas de leur accorder une très grande confiance. De plus, un critère objectif puisque mathématique, le skill mask, évalue la corrélation du modèle avec les mesures et les données saisonnières qui servent à l’initialiser. Celui-ci indique clairement que la fiabilité est mauvaise sur l’Europe même à moyen terme (moins d’un mois). Enfin, n’oublions pas qu’un phénomène El Niño se profile pour cet hiver, qui pourrait bien brouiller les cartes au niveau planétaire et influencer indirectement le temps en Europe.