Orages du 09 juin 2014

Le coup de chaleur de ce début du mois de juin s’est terminé par un épisode orageux de plusieurs jours. Les 7 et 8 juins, des orages violents se sont déjà succédés en Charente, Touraine et le nord. Les Yvelines ont été touchées le 8 par de fortes chutes de grêle. Des orages sont également passés dans la nuit du 07 au 08 au sud du Loir-et-Cher. Cette période d’instabilité s’est terminée le 10 juin, mais c’est le 9 que l’instabilité était à son paroxisme.

Dossier technique

La situation est pourtant assez atypique puisqu’elle survient dans une situation de blocage, donc sans réelle perturbation. Une dépression stationne depuis près d’une semaine à l’ouest, au large de l’Atlantique. Elle ne peut se déplacer car bloquée par l’anticyclone continental, mais aidée par celui-ci elle pilote un flux de sud-ouest qui ramène de l’air chaud d’Espagne, de méditerranée et du Maghreb. Les températures sont donc estivales, oscillant autour de 27-29°C en région Centre. Le temps est de plus particulièrement agréable avec un temps très calme. La dépression est quand à elle entretenue par de l’air océanique plus frais et humide en rotation cyclonique.
GFS situation synoptique 09/06/2014
GFS situation synoptique 09/06/2014
On retrouve de ce fait un conflit de masse d’air que l’on peut visualiser sur la carte ci-dessous. L’air chaud remonte du sud et sud-ouest et se réchauffe par sa base grâce à l’ensoleillement. L’anticyclone donne même une composante d’est assez marquée à ce flux de basse couche, situé en dessous de 1500 mètres d’altitude. Mais la dépression atlantique a tendance à pousser de son côté une masse d’air plus froide. Cette masse d’air, poussée par le courant jet de sud-ouest à 10000 mètres d’altitude, vient à la rencontre de la masse d’air chaud et provoque des ondulations de la limite air froid / air chaud. C’est le long de ces ondulations que des orages ont déjà éclaté les 07 et 08 juin.
Conflit de masse d'air et convergence.
Conflit de masse d’air et convergence.
La masse d’air chaud est de plus très instable du fait du réchauffement de sa base par l’ensoleillement du sol, l’air en altitude étant encore assez frais en cette fin de printemps. L’énergie convective disponible pour les orages est alors énorme, comme on peut le voir sur la carte ci-dessous. A 5000 mètres d’altitude, l’air chaud qui serait monté depuis le sol aurait une température de 15 à 20 degrés plus chaude que l’air environnant : de quoi alimenter de très puissants courants ascendants de plus de 70 km/h, qui formeront les nuages orageux. 
Instabilité extrème sur la France vue par le modèle WRF Météo Blois
Instabilité extrème sur la France vue par le modèle WRF Météo Blois

De plus, le contexte dynamique est particulièrement favorable à un développement d’orages violents. La circulation du jet stream en altitude créé des zones de divergence, c’est-à-dire des dépressions en altitude. L’une d’elle doit prendre de l’ampleur au cours de la journée du 09 sur le sud-ouest, et remonter vers les régions du nord et la Belgique dans la nuit (sa trajectoire est représentée par le trait noir). Cette dépression d’altitude pilote de puissants forçages verticaux jusque dans la moyenne atmosphère, forçages qui entrent en phase avec la convergence air chaud/froid au niveau du sol. Ce soulèvement général déclenche la convection, et donc les orages qui s’organisent le long de cette ligne.
Le caractère violent des orages est donné par l’énergie convective disponible, qui est exceptionnelle en soit. Mais un autre facteur entre en compte. Nous avons vu que le flux anticyclonique alimente la couche <1500 mètres d’altitude en air chaud avec une composante sud/sud-est, tandis que le flux cyclonique de sud-ouest piloté par la dépression atlantique se situe en altitude et apporte de l’air plus froid. C’est ce cisaillement de vent (changement de direction) sur la verticale qui permet aux orages de s’organiser durablement : l’air chaud vient continuellement alimenter les courants ascendants par le sud-est, tandis que l’air froid descendant provoqué par les précipitations vient continuellement forcer sur l’air chaud et le soulever par le sud-ouest (flux représenté par les flèches bleues et rouge).
Ce contexte favorise la création d’orages particulièrement virulents, qui peuvent se mettre à tourner sur eux-même : on parle de méso-cyclone, ou de super-cellule. Ce sont des orages pouvant durer plusieurs heures, contrairement aux cellules orageuses classiques, et qui peuvent générer des tornades. De part la violence des courants ascendants qui y règnent, les particules de glace qui se forment dans le nuage grossissent en montant, puis retombent une fois arrivées au sommet. Certaines seront reprises dans le violent courant ascendant où elles vont à nouveau monter et grossir. La boucle peut ainsi se faire un grand nombre de fois jusqu’à ce que le grêlon soit trop lourd et retombe définitivement. Cela explique la taille extrème que ceux-ci peuvent atteindre.

Récit des évènements

Acte 1 : Forte activité orageuse de fin de nuit et matinée

Une première dépression d’altitude circule le long de la ligne de convergence. Une première vague orageuse remonte du sud-ouest, avec déjà de la grêle par endroit. Les principales cellules liés à ce complexe orageux (MCS) toucheront le vendômois, et tout le sud de la Loire vers 5h30. Les orages iront en s’amplifiant en remontant, et atteindront Paris vers 7h30. Ils continueront leur chemin avant d’atteindre la frontière belge vers 10h30.
Eclair et arc-en-ciel sur le nord de Blois au petit matin.
Eclair et arc-en-ciel sur le nord de Blois au petit matin.

Acte 2 : Foyers orageux en journée

Dans la matinée et le début d’après-midi, des orages isolés se forment sur la Sarthe, le Poitou et la Normandie, et remontent vers le Nord. Certains adoptent un comportement supercellulaire avec de la grêle. D’autres orages isolés se forment vers 13h en région centre : matériel photo dans la voiture et organisation d’une mini-chasse entre midi et deux ! (cf photos) En traversant le sud du Loir-et-Cher, une cellule prendra de l’ampleur pour devenir une super-cellule fortement grêligène. Celle-ci donnera des grêlons géants à Ardon dans le Loiret (10cm). Cette cellule poursuivra sa trajectoire en traversant l’Yonne et finira par se dissiper dans l’Aube. Ces foyers orageux continueront à se déplacer jusqu’en Champagne.
Impact sur une cellule orage au nord du Loir-et-Cher
Impact vers 13h30 sur une cellule orage au nord du Loir-et-Cher
Eclair secteur de la Chapelle Vendomoise vers 13h50
Eclair secteur de la Chapelle Vendomoise vers 13h50

Acte 3 : Fin de journe et nuit

On attendait la formation d’orages en fin d’après-midi sur l’Aquitaine qui devaient remonter en soirée sous forme d’un gros système orageux virulent. Des orages ont effectivement commencé à remonter d’Espagne vers 17h30. Vers 18h45 la convection a repris en Touraine et une super-cellule est remontée vers le vendômois. Un orage s’est également formé dans son sillage dans l’ouest du Loir-et-Cher, passant au nord de Blois vers 21h15. L’activité orageuse du sud-ouest s’est ensuite avérée totalement décevante, se transformant en un pâté de pluie pas bien intéressant. On attendait avec grand intérêt un regain d’activité dans cette zone.
Convection en touraine
Convection en touraine
Sommet de cumulonimbus proche de la maturité en Touraine
Sommet de cumulonimbus proche de la maturité en Touraine
Mais le meilleur ne sera pas venu tout-à-fait d’où on l’attendait. D’un coup, le long de la ligne de convergence, des orages souvent forts se dont mis à naître de nulle-part. Une cellule intense s’est formée dans le secteur de Loches vers 22h00, qui en remontant vers le Loir-et-Cher a pris de l’ampleur. Elle est suspectée d’être une amorce super-cellulaire, mais qui a finalement dégénéré en orage multi-cellulaire classique. Cet orage donnera de la grêle dans les secteurs de Chouzy et Vineuil vers 22h45. L’activité électrique sous cette cellule était incessante pendant une demi-heure, rendant l’orage particulièrement impressionnant. Une seconde cellule tout aussi électrique suivra vers 23h30.
D’après un rapport Météorage, on pouvait noter 14 impacts dans un rayon de 2km à Fossé. Il semble que cette forte activité aie perturbé fortement le système de signalisation routière de Blois, qui était en panne générale au petit matin. Il sera tombé en tout 18 millimètres à Blois pendant cet épisode orageux. A Saint-Laurent-des-Bois (secteur Marchenoir) on rapporte des grêlons de 1 à 2 cm et 48mm de pluie.

Dernier acte : Journée du 10 juin

Les orages se sont ainsi succédés sur l’Ile-de-France vers minuit, puis la Bourgogne, la Champagne et les Ardennes pour finir par le Nord-Pas-de-Calais. Le lendemain, l’activité orageuse reprenant naissance sur le Loir-et-cher avec une succession de cellules pendant la matinée. Puis les orages se sont décalés vers l’Est. Ils ont encore produit de fortes lames d’eau de 70mm en Rhone-Alpes, et des chutes de grêle dans le Jura.
Dernier orage le 10 juin au nord de Fossé, vers 12h30
Dernier orage le 10 juin au nord de Fossé, vers 12h30

Remerciements

Je remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont permis la constitution de ce dossier
– Keraunos : suivis et prévisions
– Meteo 60 : radars
– MeteoCiel : impacts de foudre
– Christophe Lauroua, Emmanuelle Sauvage pour les infos foudre et grêle
– Twittos : @InfosMeteo, @InfosMeteoBel, @AssoMeteoCentre,

@florian_bonnot, @toominho, @CescBabito, @fsassier, @maximelebigot, @meteomayenne, @hebequet pour leurs suivis et témoignages.

Vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre, j’espère ne pas en avoir oublié !

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