Un hiver doux et perturbé, temps déréglé ?

Depuis la mi-décembre, l’hiver a été exceptionnellement doux et particulièrement humide et tempétueux. Par exemple, depuis le 14 décembre, on ne totalise à Blois que 9 jours autour des normales, avec très peu d’écart dans le froid. Le temps semble ainsi se dérégler complètement, avec un hiver qui ne veut pas s’installer en totale opposition avec l’an dernier, quand le froid ne voulait plus partir. S’ajoutent à cela une succession de puissantes tempêtes et de perturbations causant des inondations un peu partout, et de nombreux dégâts en Bretagne.

Ecarts à la normal des T° du 14/12/2013 au 17/02/2014
Ecarts à la normal des T° du 14/12/2013 au 17/02/2014

Un régime de temps courant

Pourtant, tout ceci n’a rien d’exceptionnel à l’échelle du climat : des cycles de quelques années où des tendances aux hivers froids (ex : 2009 à 2013) succèdent à des hivers plus doux. A titre de comparaison, 1999 et 2000 furent des hivers doux, et l’on se souvient tous des deux fameuses tempêtes dévastatrices. Ces régimes de temps dépendent de nombreux facteurs, comme les cycles d’activité solaires ou les anomalies de température à la surface des océans. Les médias en mal de sensationnalisme hurlent souvent au réchauffement climatique, mais en réalité il n’en n’est rien. Les influences sont bien plus complexes, alors que le réchauffement est finalement assez faible : ses effets sont bien trop diffus pour provoquer à lui seul de telles catastrophes.

Cette année nous sommes manifestement dans un cycle doux. Habituellement, en hiver, la circulation sur l’Atlantique est conditionnée par une immense masse d’air froid qui tourne autour du pôle nord, le vortex polaire. L’an dernier, son extension géographique importante a été la cause d’un hiver et d’un printemps particulièrement froid et maussade. Cette année, celui-ci est beaucoup plus concentré, causant un hiver rigoureux en Amérique du nord, mais laisse le champ libre à une circulation d’ouest sur l’atlantique.

Régime de temps NAO+
Régime de temps NAO+

Le régime de temps qui est ainsi favorisé est appelé Oscillation Nord-Atlantique Positive (NAO+). On y retrouve deux principaux centres d’action que sont l’anticyclone des Açores et la dépression islandaise. Le flux circule alors très rapidement d’ouest en est au travers de l’océan Atlantique. Il en résulte un temps doux sur l’Europe, mais également très humide et perturbé, car dans cette circulation se forment de nombreuses perturbations.

De plus, selon Météo Belgique, cet hiver, l’air froid continental (Russie, Sibérie) a eu du mal à se constituer, ce qui n’a pas favorisé de situations de blocages anticycloniques ni de flux d’est apportant du froid sec. Enfin, une anomalie chaude au niveau de la surface de l’océan atlantique a rendu les dépressions plus actives, en témoigne le nombre de tempêtes qui se sont succédées.

Evolution future

Actuellement, ce flux d’ouest se ramollit en raison d’un court passage anticyclonique au sud-est de l’Europe. Cela permet aux perturbations de passer, en étant plus atténuées. Ce flux d’ouest perdurera jusqu’à la fin du mois, avec des centres anticycloniques plus marqués, ralentissant les perturbations et autorisant des périodes de temps plus calmes : c’en est donc normalement terminé des violentes tempêtes, mais pas forcément des perturbations.

Cette tendance est étayée par un réchauffement de la stratosphère assez net et brutal au-dessus de l’Arctique, qui a eu lieu la semaine dernière. Cela a généralement pour conséquence un temps plus anticyclonique entre deux et quatre semaines plus tard. Il se pourrait donc que les températures subissent quelques baisses peu marquées au cours de la semaine prochaine, et au début du mois de mars. On devrait donc rentrer dans la normalité saisonnière.

Tendance saisonnière pour le printemps 2014

A plus long terme, on ne peut plus parler qu’en moyenne, et avec des pincettes tant les progrès scientifiques à faire en ce domaine sont énormes. Je vous présente ci-après les tendances saisonnières actuelles, prévues par le modèle américain CFS.

Pour le mois de mars, la douceur semble rester encore très marquée sur l’Europe, nettement moins sur l’ouest de la France. Le régime de temps d’ouest aura encore la vie dure. Rien ne se dégage en revanche côté pluviométrie : on resterait dans les normales de saison, avec un temps qui resterait encore assez perturbé. Des épisodes de classiques giboulées de mars semblent peu probables en raison de la douceur, mais des conditions favorables pourraient survenir en milieu de mois.

Pour les mois d’avril et mai, on aurait un printemps plutôt normal, avec en moyenne des températures normales et une pluviométrie globalement normale, malgré de possibles mais légers excédents dans la moitié sud du pays. On ne peut pas exclure quelques gelées tardives en avril, en raison d’une circulation qui pourrait avoir une dominante plus anticyclonique (régime NAO-). En mai, la circulation dominerait à nouveau à l’ouest avec sans doute des périodes orageuses, sans qu’une tendance particulière ne puisse se démarquer.

Quoi qu’il en soit, il ne semble pas y avoir d’installation d’un régime hivernal durable cette année, sans exclure pour autant quelques courtes périodes plus froides. Le printemps serait donc selon les modèles saisonniers assez doux sur l’Europe, un peu plus normal sur la France. Si la fiabilité pour le mois de mars semble assez bonne, les indicateurs ne sont pas très bons pour avril et mai (les données ne sont pas bien corrélées avec les statistiques saisonnières) : on n’est donc pas à l’abri de quelques surprises.

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